30 août 2017 ~ 0 Commentaire

Une opposition, quelle opposition ?

La bataille de l’opposition à gauche s’est jouée le 20 mars 2017. Le jour du débat entre les cinq candidats favoris de cette élection présidentielle. C’est le jour où Jean-Luc Mélenchon a pris le pas sur Benoît Hamon, rendant ainsi impossible la réunion des forces de gauche dans la future opposition. A ce moment-là, Emmanuel Macron avançait tel un rouleau compresseur : des sondages ultra-favorables, des articles de presse toujours plus élogieux, etc. Le 23 avril, malheureusement, pas de surprise. Malgré le bon score de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron s’envolait vers sa victoire a minima du 7 mai.

Dès lors, la bataille des élections législatives allait déterminer qui deviendrait le chef de l’opposition à gauche. La France Insoumise décida alors de présenter ses candidats les plus forts dans des circonscriptions facilement gagnables, utilisant le prétexte tout à fait hasardeux que les législatives étaient des élections nationales et qu’il n’y avait, de ce fait, pas besoin d’ancrage local. Benoît Hamon, lui, restait fidèle à sa circonscription de Trappes, mais était miné par ses 6,36% et la campagne qu’avait mené contre lui une grande partie du PS. Les résultats du 18 juin furent sans appel : 15 députés pour le Parti Communiste, 17 pour la France Insoumise, 31 pour le Parti Socialiste. Quoi qu’il en soit, Jean-Luc Mélenchon, ayant l’élection de 2022 dans le viseur, se dépêcha de s’auto-proclamer chef de l’opposition et seul opposant crédible à Macron. Benoît Hamon battu, il fut alors beaucoup plus difficile pour lui d’endosser ce rôle.

Depuis le début de la nouvelle législature, les députés de la FI sont remarquables dans leur communication : ils donnent une impression de bloc soudé, avec des interpellations virulentes contre Emmanuel Macron, des buzz savamment préparés (par exemple, Alexis Corbière ramenant 5€ de courses à l’Assemblée pour dénoncer la baisse des APL). Dans le même temps, les députés du PCF, pourtant dans un nombre identique à ceux de la FI, ne se font pas du tout entendre et n’en profitent pas pour s’affirmer comme un des forces d’opposition majeures à Emmanuel Macron. Les députés du PS, pourtant deux fois plus nombreux, n’ont pas su se sortir des turpitudes de la campagne électorale pour devenir un bloc uniforme d’opposition. Certains socialistes se trouvent empêtrés dans leurs contradictions, puisqu’ayant soutenu la loi travail de François Hollande et voulant surjouer leur opposition aux nouvelles ordonnances ; d’autres préfèrent s’attaquer à Benoît Hamon sur des non-sujets et préparer le prochain congrès du PS, à l’image de Stéphane Le Foll, plutôt que de mener les vrais combats qui s’imposent, ceux au nom de la justice sociale et de l’égalité. Pendant ce temps-là, Benoît Hamon commence à construire une opposition crédible et non frontale, avec son Mouvement du 1er juillet, mais cela prend nécessairement beaucoup de temps.

Entre temps, Jean-Luc Mélenchon, allant à rebours de toute la tradition à gauche, cherche à couper toutes les têtes qui dépasse autour de lui. Après avoir juré la mort du PS, il jure celle du PCF. La gauche s’est pourtant toujours nourrie de ses différents courants idéologiques, et il fut une époque où elle savait mettre les egos derrière pour gagner des élections. Mais ce temps a visiblement l’air révolu. Désormais, Jean-Luc Mélenchon veut couper la tête des syndicats. Dans la poursuite de sa volonté hégémonique à gauche, il décide d’organiser une deuxième manifestation en septembre, faisant de fait concurrence à celle du front syndical. Les principaux syndicats ont appelé à manifester le 12 septembre contre les ordonnances promises par le nouveau gouvernement. Mais Jean-Luc Mélenchon, voulant jouer à celui qui gonfle les biceps le plus fort, décide de convoquer une deuxième manifestation, le 23 septembre cette fois. Il veut provoquer l’épreuve de force pour voir qui parviendra à mobiliser le plus. S’il parvient à réunir plus de monde avec la manifestation de la FI, il aura gagné son pari, il faut le reconnaître. Mais on peut cependant regretter que les batailles de partis et d’egos à gauche prennent le pas sur le vrai combat à mener : celui contre la destruction du code du travail. Si toutes les forces étaient réunies pour une seule grande manifestation, quitte à en organiser d’autres plus tard, cela donnerait du poids et de l’ampleur à la mobilisation, et pourrait contribuer à faire reculer le gouvernement dans son détricotage du code du travail.

De fait, l’opposition de Jean-Luc Mélenchon apparaîtra comme un combat politique, et conduira à reproduire un statu quo de la présidentielle, avec une confrontation entre les soi-disants « réformistes » et ceux qui s’auto-proclament comme les seuls gardiens du temple du code du travail. La conséquence se trouve dans les propos d’Emmanuel Macron, rapportés par le Canard Enchaîné, ce mercredi 30 août : il se réjouit de voir Jean-Luc Mélenchon se démarquer des syndicats, car cela divise l’opposition, et empêche ainsi la renaissance d’un socialisme ou d’une social-démocratie qui lui fait beaucoup plus peur que la France Insoumise, car ceux-ci seraient crédible pour prendre sa succession dans 5 ans.

Au fond, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont tenus par un même objectif : détruire tout ce qui se trouve entre eux. Jean-Luc Mélenchon y a intérêt, car si plus rien ne subsiste de ce qui était le Parti Socialiste, il détiendrait l’hégémonie à gauche. Emmanuel Macron peut également s’en réjouir, car cela empêche le renouveau d’un socialisme qui serait en mesure de lui prendre le pouvoir en 2022 et de proposer un programme de gouvernement crédible. Il sait pertinemment que la France Insoumise est une menace moins grande pour lui, car son programme de gouvernement se heurtera plus fortement au réel, et la diabolisation de ce mouvement qui est en cours par les médias fait que certains électeurs n’oseront pas lui apporter ou lui renouveler son suffrage.

Les combats de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron sont donc à l’exact opposé en ce qui concerne les ordonnances, mais les objectifs politiques sont exactement les mêmes : détruire tout ce qu’il y a entre eux pour en arriver à une confrontation frontale et brutale en 2022.

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