26 août 2017 ~ 0 Commentaire

Détecter les radicalisés en psychiatrie, la fausse bonne idée

Depuis les attaques terroristes d’août 2017, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a dégainé une nouvelle idée : détecter les radicalisés dans les hôpitaux psychiatriques, en affirmant au micro de Jean-Jacques Bourdin que « un tiers présentent des troubles psychologiques« . Pour étudier cette proposition, il convient de faire preuve de discernement et de sérénité. 

Tout d’abord, il faut différencier les troubles psychologiques de la question psychiatrique. Les troubles psychologiques sont divers et variés : ils peuvent notamment consister en des troubles de la personnalité, de l’humeur, mais ne font pas l’objet d’un suivi médical de manière systématique, contrairement aux troubles psychiatriques. Selon plusieurs études internationales, la proportion de malades mentaux parmi les terroristes se situerait entre 4% et 7%. Une infime minorité. Par décence vis-à-vis des patients, le ministre de l’Intérieur devrait éviter ce type d’amalgame, qui ne peut qu’être source de confusion préjudiciable.

Pour de nombreux spécialistes, l’élément psychiatrique n’est pas déterminant. Nous pouvons relayer les propos de Wassim Nasr, l’auteur de L’Etat islamique, le fait accompli, relayés par Mediapart : « Dans les recherches que j’ai menées, la pathologie n’est pas du tout présente. J’ai discuté avec certains Français borderline dans leur approche, mais aussi avec d’autres extrêmement cultivés. Ils parlent de religion, de politique, de géopolitique, de justice, il ne s’agit pas d’illuminés. Il y a certainement des psychopathes parmi eux, mais pas seulement. On parle d’un mouvement politique et religieux qui se développe depuis un demi-siècle, il faut le mesurer à sa juste valeur. Il est indispensable de le comprendre sinon on va droit dans le mur. » 

Expliquer le terrorisme et la radicalisation par des facteurs psychiatriques, c’est s’aveugler sur les raisons politiques ou géopolitiques et parfois, refuser d’y répondre. Cela ôte les djihadistes de leurs motivations politiques ou religieuses, qu’on ne peut pas nier pour certains. Cela les déresponsabilise, alors que le choix de la violence, de la terreur est pleinement assumés par une partie d’entre eux.

Enfin, cet argument sert à se rassurer soi-même, en faisant comme si les terroristes n’avaient aucune connaissance de l’islam. On trouve souvent des motivations religieuses, d’autant plus que le djihadisme est un courant du salafisme. Ils ont donc, pour certains, des motivations religieuses. Ce n’est pas pour autant qu’ils représentent les musulmans. Il faut donc là aussi éviter les amalgames sans pour autant nier les problèmes auxquels notre société fait face.

Il ne faudrait pas non plus que cette proposition amène à stigmatiser les patients atteints de troubles mentaux.

L’hypothèse sortie du chapeau par Gérard Collomb en plein été a donc tout de la fausse bonne idée.

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